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Anticiper plutôt que réagir : comment l’IA transforme le rôle des conseillers juridiques

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Anticiper plutôt que réagir : comment l’IA transforme le rôle des conseillers juridiques

L’impact de l’IA sur les modèles d’affaires est indéniable, et son adoption rapide soulève désormais de nouvelles questions en matière de protection de la vie privée, de cybersécurité, de propriété intellectuelle, de responsabilité et de gouvernance.

Pour les entreprises, le défi ne consiste plus seulement à comprendre ce que l’IA peut automatiser. Il s’agit également de déterminer comment cette technologie peut améliorer la prise de décision, anticiper les risques et créer de nouvelles occasions d’affaires.

Pour approfondir ces questions, nous nous sommes entretenus avec Wendy Wagner, Associée, Cheffe de groupe de pratique, droit réglementaire chez Gowling WLG. Forte de son expérience au croisement de la protection de la vie privée, de la cybersécurité, du commerce international et du droit réglementaire, Wendy explique comment l’IA transforme la gestion des risques, le rôle des conseillers juridiques ainsi que la relation entre l’innovation, la réglementation et la confiance.

Selon vous, quelle est la plus grande occasion qu’offre l’IA pour transformer les modèles d’affaires dans votre secteur?

Wendy : Dans le cadre de ma pratique, qui porte sur la protection de la vie privée, la cybersécurité, la sécurité nationale et le commerce international, la possibilité la plus importante réside dans le passage d’une prise de décision réactive à une gestion proactive des risques.

Traditionnellement, les organisations ont été contraintes de réagir aux événements après qu’ils se sont produits, qu’il s’agisse d’un incident de cybersécurité, d’un changement réglementaire, d’une perturbation de la chaîne d’approvisionnement ou d’une évolution du marché.

L’IA a le potentiel de changer cette dynamique en aidant les entreprises à repérer beaucoup plus tôt les tendances, les risques et les possibilités. Nous voyons déjà des clients utiliser l’IA pour détecter les menaces émergentes, suivre les changements réglementaires et mieux comprendre des environnements de risque de plus en plus complexes.

La véritable valeur de l’IA ne réside pas simplement dans sa capacité à traiter l’information plus rapidement, mais dans sa capacité à aider les décideurs à prendre de meilleures décisions, plus tôt.

Les organisations qui tireront le plus grand avantage de l’IA ne seront pas nécessairement celles qui automatiseront le plus grand nombre de tâches. Ce seront celles qui l’utiliseront pour devenir plus prévoyantes, mieux informées et, ultimement, plus agiles que leurs concurrents.

Gowling WLG parle d’anticiper les besoins de ses clients plutôt que de simplement répondre à leurs défis. Dans un contexte où l’IA évolue plus rapidement que les cadres juridiques, comment cette approche proactive transforme-t-elle la façon dont les avocats conseillent leurs clients?

Wendy : L’une des réalités de l’intelligence artificielle est que la technologie évolue beaucoup plus rapidement que la réglementation. Les entreprises ne peuvent pas attendre que les législateurs répondent à toutes les questions avant d’aller de l’avant.

Les avocats doivent donc moins se concentrer sur la manière d’aider leurs clients à réagir aux nouvelles règles et davantage sur la mise en place de structures de gouvernance capables de s’adapter à mesure que ces règles évoluent.

Une approche proactive commence par la formulation de questions différentes. Plutôt que de demander : « Qu’exige actuellement la loi? », nous demandons de plus en plus : « Que ferait une organisation responsable dans cette situation? » et « Comment pouvons-nous mettre en place un cadre qui demeurera efficace malgré l’évolution de la réglementation? »

Par exemple, les organisations qui déploient aujourd’hui des systèmes d’IA devraient déjà prendre en compte des questions comme la responsabilité, la transparence, la supervision humaine, la qualité des données et la cybersécurité, qu’une législation propre à l’IA ait été adoptée ou non dans leur territoire.

Les entreprises qui établissent dès maintenant une gouvernance rigoureuse sont souvent beaucoup mieux placées pour s’adapter aux futures exigences réglementaires. Plus important encore, elles renforcent la confiance de leurs clients, de leurs employés et de leurs parties prenantes.

L’adoption de l’IA soulève des questions liées à la protection de la vie privée, à la propriété intellectuelle, à la responsabilité et à la gouvernance. Comment les entreprises peuvent-elles intégrer ces considérations dès le début de leurs projets plutôt que de les aborder après coup?

Wendy : L’approche la plus efficace consiste à considérer la gouvernance comme une partie intégrante du processus de déploiement, et non comme une dernière vérification de conformité avant le lancement.

Trop souvent, les organisations développent d’abord une solution d’IA et ne se penchent qu’ensuite sur les questions de protection de la vie privée, de sécurité, de propriété des données ou de responsabilité. À ce stade, changer de direction peut s’avérer coûteux et perturbateur.

Les entreprises devraient plutôt réunir les principales parties prenantes dès le début d’un projet de déploiement de l’IA, notamment les équipes technologiques, les spécialistes de la sécurité et de la protection de la vie privée, les gestionnaires de risques et les conseillers juridiques. Cette collaboration précoce permet de repérer les problèmes potentiels avant qu’ils ne deviennent des obstacles.

Avant de déployer un système d’IA, les organisations doivent se poser certaines questions fondamentales :

  • Quelles données seront utilisées par le système?
  • Qui y aura accès, à l’interne et à l’externe, et à quelles fins, notamment pour l’entraînement ou la production de résultats?
  • Avons-nous le droit d’utiliser ces données aux fins pour lesquelles le système d’IA les traitera?
  • Quel niveau de transparence le déploiement exige-t-il?
  • Existe-t-il un cadre réglementaire applicable au déploiement, et a-t-il été pris en compte?
  • Comment les décisions prises par le système seront-elles examinées?
  • Qui sera responsable en cas de problème?
  • Quelles mesures de protection sont mises en place pour protéger les renseignements sensibles? Les contrôles d’accès sont-ils correctement déployés? Est-il approprié ou nécessaire d’utiliser des outils d’anonymisation ou de masquage des données? Comment l’utilisation et le traitement appropriés des données seront-ils vérifiés et évalués?

Il ne s’agit pas simplement de questions juridiques. Ce sont également des questions d’affaires. Les aborder rapidement aide les organisations à réduire les risques, à accélérer l’adoption et à renforcer la confiance envers la technologie.

On parle beaucoup de la nécessité de réglementer l’IA. Comment pouvons-nous dépasser une approche strictement réglementaire pour adopter un cadre fondé sur la confiance, qui contribue également à favoriser et à accélérer l’innovation?

Wendy : La confiance et l’innovation ne devraient pas être considérées comme des objectifs opposés. En réalité, l’innovation la plus durable se produit généralement lorsque la confiance est présente.

Les entreprises, les consommateurs et les organismes de réglementation veulent tous avoir l’assurance que les systèmes d’IA sont fiables, sécuritaires et utilisés de manière responsable. Le défi consiste à faire en sorte que la réglementation soutienne ces objectifs sans devenir si prescriptive qu’elle freine l’innovation.

Un cadre fondé sur la confiance met l’accent sur la responsabilité et les résultats plutôt que sur des règles techniques rigides. Il encourage les organisations à démontrer qu’elles ont évalué les risques, mis en place des mesures de protection et créé des mécanismes de supervision appropriés.

Nous avons vu des modèles semblables émerger dans des domaines comme la cybersécurité et la protection de la vie privée, où de solides pratiques de gouvernance deviennent souvent une source d’avantage concurrentiel plutôt qu’une simple obligation de conformité.

Les lois canadiennes sur la protection de la vie privée en sont un bon exemple. Elles ne sont pas prescriptives, particulièrement en ce qui concerne les mesures de sécurité, mais elles obligent les organisations à utiliser les données de façon appropriée et à les protéger selon un niveau correspondant à leur degré de sensibilité. Il revient en grande partie à chaque organisation de définir et de mettre en œuvre adéquatement ces normes.

Ultimement, les organisations qui réussissent à gagner la confiance seront mieux placées pour déployer de nouvelles technologies, attirer des clients, accéder à de nouveaux marchés et s’adapter aux futures évolutions réglementaires. La confiance devient de plus en plus un actif commercial à part entière.

Au-delà des gains d’efficacité, comment l’IA pourrait-elle créer de nouvelles possibilités quant à la manière dont les cabinets juridiques servent leurs clients?

Wendy : Les possibilités les plus intéressantes vont bien au-delà de l’efficacité.

Traditionnellement, les conseils juridiques sont souvent fournis à des moments précis : pendant une transaction, après un incident ou lorsqu’un enjeu réglementaire survient. L’IA ouvre la voie à un modèle de conseil plus continu.

Par exemple, plutôt que de simplement fournir des conseils sur la conformité une fois par année, les cabinets peuvent aider leurs clients à suivre l’évolution des obligations réglementaires, à repérer les risques émergents et à évaluer presque en temps réel les répercussions potentielles des nouveaux développements.

Cette capacité est particulièrement importante dans des domaines comme la protection de la vie privée, la cybersécurité, la sécurité nationale et le commerce international, où les évolutions juridiques, technologiques et géopolitiques se recoupent de plus en plus.

L’IA offre également aux cabinets juridiques la possibilité de fournir des conseils mieux intégrés. Bon nombre des défis commerciaux actuels touchent plusieurs disciplines. Une décision concernant la stratégie de données peut simultanément soulever des questions de protection de la vie privée, de cybersécurité, de propriété intellectuelle, d’ententes commerciales et de réglementation internationale.

La technologie peut aider les cabinets à relier plus efficacement ces différentes perspectives et à fournir à leurs clients des conseils qui reflètent toute la complexité des décisions d’affaires modernes.

Ultimement, la valeur future de l’IA dans les services juridiques ne réside pas dans le remplacement du jugement professionnel. Elle réside dans sa capacité à permettre aux avocats de consacrer davantage de temps à appliquer ce jugement aux questions stratégiques qui comptent le plus pour leurs clients.

En savoir plus sur Gowling WLG

Anticiper les risques, favoriser l’innovation

À mesure que l’IA s’intègre aux activités des entreprises, les organisations évoluent dans un environnement où les avancées technologiques, les occasions d’affaires et les considérations juridiques progressent en parallèle.

L’approche de Gowling WLG souligne l’importance de réunir ces perspectives dès le départ afin d’aider les organisations à anticiper les risques émergents, à établir une gouvernance rigoureuse et à créer les conditions propices à une innovation responsable.

À ALL IN 2026, Wendy poursuivra la conversation sur la scène Agora en participant à la session « IA et cybersécurité : défense, attaque et résilience à l’ère des nouvelles menaces ». Elle y apportera son point de vue juridique et réglementaire sur les défis en constante évolution qui façonnent aujourd’hui l’IA et la cybersécurité.

Meet the Gowling WLG team at ALL IN 2026

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